Aimer Rêver
Aimer, rêver, prier, se taire, Vivre hors de ce temps troublé, Avec ceux qui sèment la terre, Avec ceux qui vannent le blé. Avoir un verger plein d’abeilles, Un toit de chaume en pente, avoir Dans le cellier frais des bouteilles Et son amoureuse au lavoir. Ouvrir à deux battants sa huche Aux vagabonds ivres de faim, Et que l’eau froide de la cruche Quand ils boivent se change en vin. Des fleurs dont la moisson s’étoile Enguirlander les pauvres croix Où l’araignée ourdit sa toile Pour en vêtir le Roi des Rois ; Et s’humilier jusqu’à l’herbe, Plier le front et les genoux, Et méditer devant ce Verbe Qui depuis deux mille ans, pour nous, Sans qu’une Véronique essuie Avec les paumes de ses mains La sainte Face où bat la pluie, Souffre aux carrefours des chemins. Goûter la douceur des soirées Ou l’automne, le long des murs ; Râcle avec ses jupes dorées Le sable jonché de fruits mûrs ; Et quand la nuit, fermant les roses Et mouillant l’herbe des gazons, Regarde par les vitres closes Courir les lampes des maisons, S’accouder sur la page blanche Où, fidèle et guidant nos doigts, La muse invisible se penche ; Et devant l’âtre aux mille voix, Devant la ramée écarlate Qui fuse, et chante, et siffle, et rit, Et dont la flamme heureuse et flatte Les replis obscurs de l’esprit, Voir enfin au fond de soit même Les mots purs et mélodieux Nouer un immortel poème Comme les étoiles des cieux . Hélas ! Je ne porte en vain, poète, L’orgueil d’un labeur obstiné ! Mon temps dans sa marche inquiète, Ignore encor que je suis né. Aussi, mon cœur, reste avec celle Qui nous sourit dans son miroir : La fleur de sa bouche est plus belle Que la feuille du laurier noir ; La gerbe d’avoine qui plie Est moins svelte que son corps nu, Et sa gorge ronde et polie Me console d’être inconnu. Le semeur de cendre, 1901 Charles Guérin
La fiche technique
- Cépages
- Pinot Noir 100 %
- Terroir
- Coteau aride et pentu, plein nord, lieu-dit «Cabrils», commune de Tautavel. Argiles rouges et noirs, signes de surfaces internes importantes. Particules de calcaire gélifracté, terres permettant un enracinement profond et une hydradation régulière. Sélection massale exceptionnelle issue de la «bibliothèque» des grands viticulteurs bourguignons, d'un cru réputé, complétée par deux clones récents de pinot fin riches en polyphénol. Taille cordon de royat.
- Vinification
- Récolte en début de plateau de maturité phénolique afin de conserver un degré alcoolique modéré et une acidité essentielle au futur équilibre du vin, en général entre le 15 août et le 25 août, en fonction de la précocité du millésime. Courte macération pré-fermentaire à froid, démarrage rapide de la fermentation en levures indigènes. Pigeages doux, remontages modérés.
- Élevage
- Élevage en pièce bourguignonne d'un vin, 8 à 10 mois. Filtration légère.
- Dégustation
- Vin rubis brillant, laissant passer la lumière. Nez complexe, alliant fruit rouge mûr mais croquant et notes herbacées, presque racinaires. Touches de mûre, coulis de framboise, griotte, boisé finement présent. Bouche dense et racée, puissante mais sans lourdeur, encore serrée. De la chair, du fond, tannins présents, grain exceptionnel. Finale racée, fumée, virile, une certaine sévérité indique une capacité de vieillissement importante.
- À table
- Prendre son temps, lui laisser un moment pour respirer et se développer, sans le bousculer, plonger le nez dans le verre, attendre. L'associer avec une cuisine contemporaine, où le produit est magnifié et respecté, tout autant que les grands classiques de la cuisine francaise : un simple os à moelle et gros sel, un œuf meurette, vin rouge échalotte, un pâté en croûte, un vol au vent, une salade de foies de volaille, une épaule d'agneau, un lapin ou un perdreau simplement rôti.